Cela fait des années maintenant que le fansub existe et jamais, jamais ce sujet n’avait été évoqué dans les pages du magazine Anime Land, qui existe pourtant depuis bien plus de dix ans… Cette impasse était particulièrement étonnante, mais le temps aidant, on ne s’attendait plus guère à ce que le magazine évoque la question. Mais voici qu’un jour de décembre 2007 sort un numéro double qui, miracle, décide de consacrer un dossier (mais n’était-ce pas plutôt un article ?) à l’épineuse question du fansub. Incroyable, Anime Land vient de découvrir l’existence du fansub !Quelle mouche les a piqués ?

Pourquoi a-t-on de quoi être en colère à la lecture de cet article ? Tout d’abord la revue fait l’impasse totale sur sa période “d’obscurantisme”, n’évoquant à aucun moment le fait que le fansub n’avait jamais été traité dans ses colonnes auparavant ! Cette attitude ambiguë a de quoi inspirer la méfiance. Ensuite, on peut aussi interpréter la date de parution comme un calcul : placer cet article dans le numéro de décembre/janvier revient à différer d’un mois la réaction des lecteurs, permettant implicitement de laisser refroidir les esprits. Enfin, on a la désagréable impression qu’en permanence le magazine refuse de traiter tous les aspects du problème, ou plutôt refuse d’évoquer les réelles vertus du fansub.

Une chose est certaine, et on ne peut pas le nier, les arguments développés dans l’article en question sont valables : les arguments légaux sont là, les arguments économiques aussi, et on serait de bien mauvaise fois si l’on accusait la revue d’être à la solde des éditeurs. Cela dit, là où le bât blesse, c’est qu’Anime Land en fin de compte offre avant tout une interprétation légaliste du phénomène, développant les vices et les abus -réels- du fansub (ou plutôt de ses consommateurs) tout en évitant au maximum d’avoir à dire que le fansub est aussi un outil remarquable. A la décharge de cette revue, pouvait-on vraiment s’attendre à ce qu’un magazine de diffusion nationale se mette à chanter les vertus du fansub ? Soyons réalistes.

Il n’en demeure pas moins que cet article bancal est tout à fait insatisfaisant. Dans de telles conditions, Anime Land aurait mieux fait de ne pas aborder le sujet et de rester dans sa position neutre, plutôt que de se lancer dans un article où la langue de bois atteint des sommets.

Pourquoi le fansub est-il merveilleux ? Absolument pas parce qu’il permet de télécharger gratuitement des dessins animés. Il est merveilleux, utile et nécessaire parce qu’il constitue tout naturellement un relai culturel d’une ampleur jusqu’alors inégalée, permettant à l’internaute curieux d’accéder à des trésors inconnus qui pour la plupart n’auront jamais la chance d’être diffusés sur notre territoire. Internet devient ainsi une bibliothèque exhaustive et représentative d’une culture en expansion permanente. Cette bibliothèque est bien souvent pillée, ce qui est inacceptable, certes, et le véritable problème serait bien plutôt celui de la sensibilisation et de l’éducation de l’internaute inculte et radin.

Le fansub est un formidable moyen de découvrir à des milliards de kilomètres de distance des chefs-d’oeuvre que nous n’aurions autrement jamais la possibilité de voir : qui en France acceptera d’éditer Ani*Kuri 15, qui éditera un dvd exhaustif du Studio 4°C, qui choisira d’acquérir la licence de Kemonozume ? Personne. Et c’est ici que se pose la question, et que l’immense angle mort de l’article d’Anime Land apparaît : serions-nous condamnés à ne plus avoir accès à des oeuvres qui n’arriveront jamais chez nous parce que Naruto est trop téléchargé ?

Ce qu’Anime Land ne peut et n’ose pas dire est en fin de compte très simple : un juste milieu serait l’alternative idéale, parce que jamais les éditeurs officiels ne suffiront à épuiser toutes les richesses de l’animation japonaise. C’est à nous de savoir faire la part des choses, et c’est à nous de considérer désormais l’internet comme une bibliothèque où les ouvrages les plus rares -ou même les plus récents- peuvent être consultés, et non comme un gigantesque magasin que l’on cherche à piller le plus possible.

Additious

2 commentaires à “Anime Land fait un “coming out” navrant sur le fansub”

  1. De toute manière, je pars du principe que s’ils avaient eu à faire un article sur le fansub, il aurait du être informatif. C’est pas leur boulot de prendre parti, et je suis quasi sûr qu’ils dl tous des animes.

    Mon conseil perso : ne pas prendre compte de ce genre d’articles pourraves essayant d’aborder un thème qui dépasse de loin les exigences du magazine.

  2. oui, la réponse au courrier des lecteurs dans le mois de février est d’ailleurs particulièrement niaise, on y voit même le pigiste geindre “notre avis n’a-t-il donc aucune importance ?”. Ben non, Anime Land ne propose plus d’articles assez fouillés pour que son avis compte finalement. Ce magazine baisse de mois en mois en qualité parce qu’il table sur le fait que ce sont les adolescents qui l’achètent…

    Et surtout la conclusion de ce courrier des lecteurs de février est franchement minable : les jeunes n’ont plus de morale, ils téléchargent tout et n’importe quoi parce qu’ils sont corrompus par la société de consommation, tandis que les plus vieux, dieu merci, comprennent mieux la valeur des choses.

    Lamentable, pitoyable, pathétique et terriblement mal à-propos.

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