Etant en désaccord avec la précédente analyse, je pense qu’il convient d’en livrer une autre venant d’un électeur de Ségolène Royal.

Alors comment expliquer la défaite de la gauche, la troisième au cours d’une élection présidentielle ? La première chose qui vient à l’esprit est l’impréparation. C’est un fait, le PS n’était pas prêt pour cette bataille, il est arrivé en ordre dispersé, avec un programme qui a souffert de certaines imprécisions, dans une cacophonie parfois indescriptible peu propice à rassurer l’électorat. Il est facile d’affliger la candidate de tout cela, après tout elle est en première ligne et surtout cela arrange énormément de monde, en particulier au PS même. Mais alors comment le PS a-t-il pu passer d’un mouvement électoral qui lui était favorable au moment des régionales à un dynamique de la défaite seulement trois ans après ? Il y a, à mon sens, deux phénomènes majeurs et internes au Parti Socialiste qui ont joué un rôle clé dans cet état de fait.

Tout d’abord, la guerre de succession qui sévit au PS depuis 1988. A cette date, on sait peu ou prou dans les rangs socialistes que François Mitterrand entame son dernier mandat et s’engagent alors des grandes manœuvres entre ceux qui ne sont que des éléphanteaux pour prendre la suite du monarque finissant. Les courants arrêtent de travailler pour devenir de véritables écuries présidentielles, se livrant une guerre d’appareil sans merci. Il y a les rocardiens (qui disparaîtront dès que l’avenir de Michel Rocard s’assombrira), les fabiusiens (qui sont alors plus libéraux que les autres), les jospinistes (dont le rôles est à souligner durant la dernière campagne), puis viendront par la suite au gré de l’affaiblissement ou de la disparition de tel ou tel courant les strausskhaniens (que l’on peut aussi appeler strausskhistes, vu le nombre d’anciens adhérents de la IVème internationale dans leurs rangs), j’en passe et des meilleurs. Durant toutes les années 90 et le début des années 2000, la vie du parti socialiste fut grandement marquée par leurs affrontements, notamment pendant le congrès de Rennes de 1990 dont la violence verbale reste encore aujourd’hui une référence. Ce faisant, le PS ne fait que très peu évoluer son corpus idéologique et surtout son discours électoral. Le décalage apparaît alors d’autant plus grand entre ce qui est dit du haut des podiums de campagne et sa pratique du pouvoir. Pourtant, entre 1997 et 2002, son bilan est autrement meilleur que celui de la dernière législature. Mais ce décalage constant le coupe d’une partie de son électorat, il perd celui des ouvriers au profit de l’extrême droite. Ce constat ne lui est pas seulement réservé, il est aussi applicable à un PCF incapable de se réformer. Il est toujours loisible de le comparer à son homologue italien qui vient de se fondre, ce qui est ironique quand on connaît un peu l’histoire de ce pays, avec la démocratie chrétienne. Imaginez Pepponne adhérant au même parti que Don Camillo, tout un programme.

Pour revenir au PS, la chose ne s’est pas arrangée après 2002. La crise de leadership ouverte par le vrai-faux départ de Jospin a relancé de plus belle cette guerre de succession, magnifiquement illustré durant les années 2004-2005 et le passage d’un Fabius de la droite du parti où il subissait la concurrence de DSK à son aile gauche ce qui lui va comme un cheveux sur la soupe (et nous savons qu’il n’a plus beaucoup de tifs). La direction incarnée par François Hollande est aussi à mettre en cause, même s’il faut reconnaître qu’ils étaient moins nombreux à briguer le poste de 1er secrétaire le 22 avril 2002.

Le problème est que le PS n’a pas voulu et n’a pas pu renouveler son discours. Il a laissé filer les concepts de nation, de République, à l’extrême droite alors qu’il s’agit sans le moindre doute du courant politique qui a le plus combattu et trahi la République durant son histoire. Il n’a pas voulu sortir d’un discours gauchisant sur les problèmes de sécurité publique alors que ce n’est en rien une thématique spécifiquement de droite. Jules Moch n’était pas connu comme étant un ministre de l’Intérieur particulièrement souple, il n’en était pas moins socialiste. Il a certainement fait aussi trop de concessions aux discours de ses alliés politiques à sa gauche alors que ces derniers pesaient de moins en moins électoralement.

Tout cela serait difficilement imputable à Madame Royal, laquelle n’a jamais eu de courant, dont la part dans les manœuvres d’appareil reste minime durant cette période et qui a toujours eu du mal à se faire une place à sa convenance dans ce jeu de politique interne. C’eut été une gageure que de lui demander de régler ces questions en à peine 6 mois. On peut parler « d’impréparation » en évoquant sa campagne, mais qu’ont réellement fait ces hiérarques du PS qui la critiquent aujourd’hui durant ces 5 dernières années ? Grosso modo : rien !

Cependant, à cette dynamique profonde du parti socialiste, il convient de rajouter un 2ème biais. Il est d’un passé plus récent mais il a, à mon sens, une importance majeure sur le déroulement de la campagne : c’est le référendum sur le Traité Constitutionnel Européen. Alors que jusqu’en 2005 le PS semble sur une dynamique électorale très favorable, ce référendum sonne un véritable coup d’arrêt. Plus que cela, il donne l’image d’un parti divisé, d’un parti particulièrement désordonné. Alors que le processus de vote interne, qu’ils avaient pourtant appelé de leurs vœux, s’était conclu en leur défaveur, une partie des tenants du non au PS font quand même campagne. Ils arguent de leur liberté, se posent en victimes dès que la possibilité de sanction est évoquée. Au-delà du résultat immédiat, qui est aussi une défaite pour l’UMP, c’est la discipline interne du parti socialiste qui vole en éclat, c’est la démonstration de la faiblesse de François Hollande qui n’ose pas vraiment sanctionner de peur de la scission. Les arguments des « nonistes » sur ce point sont une simple supercherie. La liberté, ils l’avaient. Ils l’avaient pour exposer leurs arguments pendant la consultation interne. En refusant le résultat, ils étaient libres de démissionner. Cependant, ils ont refusé de prendre les responsabilités politiques qui étaient la suite logique de leurs actes. Ce que Chevènement avait fait durant le référendum sur le traité de Maastricht (se mettre en congé du PS durant la campagne puis démissionner), ils n’ont pas eu le courage politique de le faire. Pourtant, comme dans toute association, le PS est pourvu d’un règlement, d’une charte, qui impose une conduite minimale à tenir. Ces dispositions, ils les avaient accepté en adhérant. Or cette liberté, qu’ils ont revendiqué, si elle n’est pas accompagné de la notion de responsabilité a un nom : le bordel. Au moment où Sarkozy tuait politiquement le dernier concurrent potentiel dans son camp, à savoir Dominique de Villepin, le PS faisait voler en éclat un élément essentiel dans toute campagne : sa discipline.

Il n’est dès lors pas surprenant que les anciens concurrents de Madame Royal à l’investiture n’aient pas accepté le résultat des urnes et le parasitage de la campagne de la candidate socialiste fut constant. Il y eut, bien entendu, le coup du téléphone portable ouvert et appelant un journaliste du Monde en pleine réunion de campagne, le rôle particulier que les anciens jospinistes en rupture de ban comme Allègre, Besson et Védrine ont tenu, les valses-hésitations de DSK face aux appels du pied de François Bayrou bien avant le 1er tour, j’en passe tellement la liste est longue. Au final, encore une fois, on a beau jeu de mettre cela sur le dos d’une candidate qui s’est méfiée à juste titre de ces personnes qui l’ont soutenu « comme la corde soutient le pendu ». Pour s’en convaincre, il suffit de se référer à la déclaration de Xavier Bertrand en forme de « chapeau, Madame, vous avez été une rude concurrente, surtout avec les « amis » qui sont les vôtres. Visiblement, vous n’avez pas besoin d’ennemis » le soir même des résultats ou de Charles Pasqua qui disaient sensiblement la même chose chez Franz-Olivier Giesbert.

Il est évident qu’en comparaison de cela, Sarkozy jouait sur du velours malgré un programme totalement inapplicable pour ne pas dire fantaisiste en matière économique, malgré sa reprise des thématiques d’extrême droite, parfois poussant jusqu’à un racialisme honteux que nous payons d’ors et déjà vis-à-vis de la Turquie. Il ne pouvait que passer que comme étant plus compétent même s’il est l’héritier d’un bilan gouvernemental négatif, surtout avec le soutien constant des médias audio-visuels que confirment les nombreuses nominations de journalistes parmi ses proches durant ces derniers jours.

Il convient, néanmoins, de lui accorder plusieurs coups de génie que sont de s’être tenu à l’écart du débat sur le TCE et d’avoir fait passer Chirac pour un homme de gauche.

Additious

Un commentaire à “Autopsie d’une défaite”

  1. On a eu la vision d’un électeur de droite, on a celle d’un électeur de gauche. Je n’ai pas le sentiment que ces deux visions s’opposent mais bon…
    Dommage que la toute fin du billet soit complètement hors sujet.