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L’echec du PS: une tentative d’explication
Publié dans Actualité, Divers by Beber le 28 May 2007 à 19:54Dimanche 7 Mai, 20 heures 02. Un large sourire sur les lèvres de Ségolène Royale pour tenter d’étouffer la guerre intestine au PS à venir. Pour tenter de conserver la main mise médiatique et populaire à gauche, pour tenter de survivre politiquement tout simplement.
Car ce sourire ne peut cacher la défaite de la gauche. Historiquement celle-ci avait tout pour elle : 5 ans pour préparer son programme, des élections régionales au succès exceptionnel (Fillon parlera même d’un 22 avril à l’envers), un gouvernement tiraillé entre les guerres intestines des postulants à un mandat présidentiel, et sortant péniblement de la crise du CPE. Et jamais un candidat issu du gouvernement sortant élu n’avait remporté la bataille des présidentielle dans son propre camp.
Dés lors, comment le PS a- t’il pu perdre une élection qui semblait s’offrir à lui il y a moins d’un an ?
Le casting
Dans cet échec, madame Royal, mais aussi toute la politique du PS tiennent une grande responsabilité. En effet, alors que le candidat d’en face préparait cette échéance sans doute depuis qu’il s’était rasé son premier poil au menton, rien ni personne n’aurait misé sur Ségolène Royal il y a un an.
Nicolas Sarkozy y pensait depuis qu’il était sorti de l’adolescence. Etait-ce le cas de madame Royal ? Nul ne peut le dire en tout cas aujourd’hui. Mais une chose est sur, et cette élection l’a confirmé, l’on ne s’improvise pas candidat ou candidate comme cela du jour au lendemain.
Sarkozy a fait en 5 ans ce qu’a tenté de faire en 6 mois Royal. Lentement mais sûrement il a tissé sa toile, s’imposant comme la figure médiatique incontestable de la droite vis-à-vis des médias, tandis qu’a gauche, d’une certaine manière, ces derniers voulaient – et ont obtenu- la candidate socialiste. En 5 ans, l’actuel président à réussi le tour de force d’écraser, voir de mépriser toute concurrence à droite puis, exploit plus remarquable, rallier à sa cause ces même opposants de la première heure dans son propre camps. Ce qui permis tout du moins en apparence à l’UMP de proposer un visage uni, rassemblant en son sein toutes les branche de la droite, des radicaux jusqu’aux ultra-libéraux.. C’est tout l’opposé qui s’est déroulé au PS.
Car un sourire ne peut cacher le caractère d’une personne, et en cela Madame Royale possède de nombreux points communs avec son alter ego à droite. En effet ils partagent ce même goût du mépris des opposants, le coté sec et cette même volonté à vouloir tout contrôler autour d’eux. Dés lors, une fois nommée candidate du PS, la présidente de la région Poitou Charente a littéralement méprisé ses anciens concurrents, et les autres « éléphants » du parti en les ignorant de sa superbe. Il aura fallu l’émergence d’un Bayrou au centre pour qu’elle tente de recoller les morceaux qu’elle avait volontairement cassé au nom de la sacro sainte rupture avec les éléphants du parti. Las, quelques jours après avoir rappelé autour d’elle les seniors du parti, elle se déclarait insuffisamment soutenu par le PS visant à demi mot ceux-la même qu’elle avait rappelée. De quoi déboussoler n’importe quel spectateur de cette tragi-comédie lorsque vous ajoutez a cela le fameux épisode « Besson ».
La préparation de cette échéance a très clairement été un facteur déterminant dans cette campagne. Les sondages l’ont démontrés pour la majorité des français, Sarkozy connaissait mieux ses dossiers que la candidate du PS. Et l’amalgame s’est vite fait entre méconnaissance et incompétence. Car taxer la présidente de région d’incompétence serait lourdement se tromper, la candidate ayant une expérience tout à fait honorable des responsabilités politiques. Mais toutefois il faut reconnaître que cette dernière n’était tout simplement pas prête à se présenter. Trop approximative, tiraillée entre centre et gauche ouvrière, entre Blair et Blum, entre Strauss Kahn et Mélenchon, elle n’a pas su choisir, naviguant sans cesse de l’un à l’autre sans savoir s’ancrer une bonne fois pour toute. Les fameux débats participatifs, quoiqu’on puisse penser de l’idée en elle-même, ont ajouté au flou de la perception de l’image de Ségolène Royale.
Le débat.
D’ordinaire peu influant dans le résultat d’une élection (a peine une centaine de millier de voix d’enjeu) il revêtait un attrait inédit cette fois ci. En effet, les deux candidats se disputaient ce soir là un gâteau de 17% des centristes de Bayrou. De quoi largement remporter la présidentielle. Passionnant sous de nombreux aspects, il a d’abord laissé supposer une victoire aux points de la candidate socialiste, la candidate apparaissant sous un aspect de challenger offensif qui n’avait rien a perdre, menant directement la danse et imposant son rythme au débat, faisant fi des tentatives désespérées des journalistes d’en reprendre le contrôle.
Mais le volet économique allait faire apparaître au grand jour ses lacunes, la faisant ainsi échouer dans sa quête de l’électeur centriste. Là ou le candidats de la droite à défaut d’être brillant, paraissait au minimum clair, Ségolène Royal s’empêtrait, désignant comme priorité la réduction de la dette (électorat centriste oblige) puis énumérant à la suite soit des énormités (raccompagner chaque fonctionnaire féminin à son domicile la nuit, le contrat jeune payé par les caisses de chômage pour le premier emploi- alors que ces jeunes ne touchent pas le chômage-), soit des accumulations les phrases bateaux sans consistances ( les partenaires sociaux et les remises à plat). Rien de concret à se mettre sous la dent pour le spectateur.
Tantôt agressive, tantôt méprisante, elle fit ce soir là le jeu d’un Sarkosy qui n’avait de toute façon aucun risque à prendre, compte tenu de l’avance confortable qu’il possédait dans les sondages. Ce qui explique son calme durant toute cette soirée.
Se plantant tous deux magistralement sur le nucléaire, ils allaient s’affronter sur les handicapés. Et là la socialiste sortait sa colère, colère qu’elle préparait sans doute depuis quelques heures, tellement celle-ci est arrivée comme un cheveu sur la soupe. Se disant justement et sainement indignée, la candidate socialiste s’engouffrait dans une impasse, tellement son indignation était injustifiée par les faits et liée à une méconnaissance totale du sujet (reproche que l’on peut également faire au candidat de droite) sur la question des handicapés.
Victoire sur la forme, défaite sur le fond, l’électorat centriste allait se diviser en part égale entre droite et gauche. Ce soir là Ségolène Royal avait définitivement perdu l’élection.
Le programme du PS
Il faut dire qu’a sa décharge, Madame Royal n’a pas été aidée par son parti. En effet, devenu populaire grâce à ses déclaration « Blairiste » et sécuritaire. Elle a du faire constamment le grand écart entre celles-ci, et le programme du PS, programme d’un archaïsme stupéfiant, véritable machine à faire perdre une élection. En ce sens, sa grande réussite est d’avoir su rassembler autant de monde sur cette contradiction idéologique.
Le PS à la française est un exemple unique en Europe. Longtemps tiraillé par le programme commun des années 80 et sa tranche la plus rétrograde, il mélange deux mouvances qui théoriquement ne peuvent s’entendre : L’une acceptant l’économie de marché comme un fait acquis (social-démocratie), l’autre la reniant en tendant vers une plus grande répartition de la richesse. Là ou tous les pays en Europe ont su faire leur mutation, le PS français s’obstine à ne pas vouloir choisir. Ou plutôt renonce à délaisser l’héritage socialo-communiste.
Le problème, c’est que l’électeur lui, choisit. Et la popularité, imprévisible il y a peu, de François Bayrou, risque fort d’être une épine fort encombrante dans le futur. On l’a vu, le PS brandissait la menace du vote utile afin de garder ses électeurs à la gauche de la gauche. L’enjeu été par ailleurs assez clair pour les deux partis, lesquels « draguaient » ouvertement les sympathisants d’extrême gauche et d’extrême droite. Laissant ainsi un boulevard au centre, il a fallu que celui-ci se décale à gauche pour ponctionner une partie de l’électorat « royaliste » déçu ou non convaincu par la candidate socialiste. Et malheureusement le PS a perdu à ce moment là une partie de son électorat, qui n’allait pas revenir intégralement dans son giron le soir du second tour.
Car l’on ne peut prêcher tout et son contraire. L’on ne peut déclarer d’un adversaire qu’il serait une sorte d’espion de la droite, une sorte « d’infréquentable » et le lendemain même ne se trouver que des points communs avec cet « intouchable ». De toute les manière la campagne en tant que telle s’est avérée désastreuse pour le PS. Celui-ci, empêtré dans les contradictions de son programme, les déceptions des éléphants perdants et de son pacte présidentiel, allait axer ses objectifs sur le TSS comme unique argument de campagne à ressasser.
Le TSS, ou le Tout Sauf Sarkozy. Là ou celui-ci ne faisait que répéter ses mesures phares dans les meetings et ou JT, à tel point que le discours en venait parfois répétitif – même si au final le message était entendu – Le PS décidait de pointer du doigt son adversaire, le désignant comme le candidat de l’ancien gouvernement et comme un homme dangereux. L’argument était facile, sur certains points loin d’être totalement inexact, mais il fonctionnait également comme un terrible aveu d’impuissance, face à l’écart entre S. Royal et N.Sarkozy. Car qu’avait à gagner le PS à ce niveau si ce n’est conforter dans leur position les électorats de chaque camp ? Il est fort à parier d’ailleurs qu’il a plus perdu qu’autre chose au final, les attaques de ce niveau se retournant généralement contre leurs auteurs (cf Mitterand en 88 et Chirac en 2002).
Moins organisé, moins solidaire, moins préparé, le PS à raté une marche, celle de la présidentielle de 2007. Et cela risque fort de provoquer son implosion, qui devrait avoir lieu après les législatives. Dés lors quelle place occupera sur la scène politique la gauche française. 2 hypothèses semblent prévisibles. La première qui verrait la radicalisation de la gauche et le durcissement des thèses anti-libérales, l’autre mouvance, vers l’émergence d’un centre gauche au modèle européen.
A moins que le parti socialiste ne nous réserve une surprise : rester tel quel.
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Très bon article Beber, tu n’as pas du tout démoli la gauche comme il aurait été facile de le faire mais tu as juste fait un bon portrait de Mme R.
Un peu polémique comme article tout de même mais on comprend pourquoi tu y a mis du temps, enfin ce n’est que mon humble avis.
J’ajoute un commentaire, suite à une discussion avec une personne qui se reconnaitra ;). Le but de cet article n’est absolument pas de demolir pour Démolir. Certes je n’aimes pas SR et je suis persuadé que le PS a fait une enorme erreur en l’elisant, mais j’espere ne blesser personne avec cet article.
En tout cas j’ai cru comprendre que certains points portaient à polémique. Si c’est le cas je serais heureux de m’en expliquer
C’est un bon article et un point de vue intéressant. Toutefois, bien que l’on sente l’effort d’objectivité, il n’est pas suffisant pour cacher ta position. Comme tu le dis, tu n’aimes pas Royal et ça se voit. Tu n’aimes pas la gauche et ça se voit aussi.
Reste que le meilleur passage concerne les contradications du PS pendant la campagne. Enfin, “le meilleur”… c’est du moins le passage sur lequel je te rejoins complètement. Envoyer les chiens contre Bayrou avant le 1er tour puis les rappeler avant le second a été une énorme erreur. La crédibilité du projet présidentiel en a forcément pris un coup.
Bref! Sarkosy est Président. On verra bien s’il saura faire autre chose que se ballader en short et se pavaner devant les journalistes. Pour l’instant c’est un peu la Présidence strass et paillettes.
“Bref! Sarkosy est Président. On verra bien s’il saura faire autre chose que se ballader en short et se pavaner devant les journalistes. Pour l’instant c’est un peu la Présidence strass et paillettes”
C’est pas faux. Maintenant j’attend l’aprés legislative pour vraiment juger, parce que pour le moment je vois pas trop ce qu’il peut faire. Contrairement à toi, Diyo, je trouve qu’il a plutot bien commencé son quinquenat (outre l’aspect du jogging, qui est un peu too much, je te l’accorde)
Par contre je ne suis pas d’accord avec ce que tu dis quant à mon opinion sur la gauche. Je pensais l’avoir fait comprendre à demi mot, mais je suis tout à fait ouvert au mouvement Sociale Democrate, à condition qu’il s’assume enfin, et qu’il quitte les théses issu de la gauche de la gauche. Par contre c’est sur que je deteste la gauche à la Fabius ou à la Melenchon , ca j’assume.