Cela fait maintenant des années que la rumeur persiste : l’agrégation serait supprimée définitivement de façon imminente. Cela fait aussi des années qu’on attend que la chose se produise.  Pourquoi alors continuer à s’inquiéter ? Parce que depuis quelques semaines la rumeur est beaucoup plus forte, et elle est relayée cette fois-ci par les universitaires eux-mêmes qui n’ont de cesse d’évoquer cette question au détour des colloques.

Apparemment, dès 2009-2010 l’agrégation serait définitivement supprimée, mais ce n’est pas tout : le Capès aussi serait abandonné. Cela aura naturellement des effets importants sur le mode de recrutement : il s’agit de concours servant à entrer dans l’Education Nationale pour devenir un fonctionnaire de catégorie A. Supprimer ces concours va considérablement bouleverser le paysage -certes rance- de l’Education Nationale, tout en amenant nombres d’améliorations -peut-être- et de difficultés -sûrement.

On sait que la France est le seul pays a posséder un concours comme l’agrégation. Il est aussi le seul a exiger implicitement des étudiants cherchant à faire une thèse et à devenir Maîtres Conférences (c’est-à-dire professeur à la fac) qu’ils soient agrégés. Hors de “l’agreg”, point de salut pour celui qui veut réussir dans les milieux universitaires. Le Capès, quant à lui, a toujours été considéré de ce point de vue comme un concours inférieur bon pour ceux qui n’ont pas les “capacités” d’être agrégés ; il a peu d’utilité si l’on cherche à faire carrière à l’université.Peut-être, et peut-être seulement, que la suppression de ces concours rétablira la balance et permettra de supprimer le mandarinat de certains vieux professeurs ; peut-être aussi que le futur thésard aura plus de chance d’être maître de conférences qu’autrefois, mais ne nous leurrons pas : les universités sont saturées actuellement, il y a trop de candidats qualifiés et pas assez de postes. A priori cela aura donc un impact limité sur l’ouverture des facs aux professeurs non agrégés.

En revanche, si l’on en vient à considérer le petit monde des collèges et lycées, on peut vraiment commencer à s’inquiéter. En effet, supprimer ces concours, et surtout le Capès, qui trouve son utilité pour enseigner en collège et lycée, revient à dire explicitement que l’on ne souhaite plus avoir de fonctionnaires au sein de l’Education Nationale. Il serait question de remplacer les professeurs fonctionnaires par des étudiants détenant un Master 2 professionnalisant. Ce serait alors à l’étudiant ambitieux de se déplacer et de démarcher les collèges et lycées, son CV sous le bras : les établissements scolaires s’ouvriraient ainsi au monde de la compétitivité et du rendement. Bien évidemment, certains trouveront cette solution excellente, d’autre non, c’est un débat vieux comme le monde industriel… Rappelons simplement que ce type d’étudiant existe déjà au sein des lycées, et qu’on le nomme “vacataire” : c’est un étudiant très mal payé et souvent surexploité qui fait les mêmes cours qu’un certifié ou un agrégé en ayant peu d’avantages : virable à volonté, il souffre souvent d’un emploi du temps adaptable à volonté, tout en étant moins qualifié que ceux qui ont passé un concours : il a souvent moins d’années d’études à son actifs, et il se retrouve face à 30 élèves sans avoir eu la moindre formation.

Enfin, que deviendront ceux qui ont déjà été agrégés ou certfiés après cette abrogation ? On peut s’attendre à ce qu’ils se voient proposer une porte de sortie : perdre leur statut de fonctionnaire contre tel ou tel avantage. On peut aussi s’attendre à d’immenses pressions sur ces personnels dans les années à venir : par exemple, il est tout à fait envisageable que l’agrégé ayant été enfin accepté en tant que maître de conférences à la fac après avoir passé des années à enseigner en lycée se voit obligé de démissionner de l’Education National pour passer un contrat avec l’Université qui l’emploiera : perdre un avantage pour en gagner un autre, voilà ce à quoi il faudra s’attendre.

Rappelons que l’essentiel du métier de professeur consiste à donner un enseignement de qualité à des élèves parfois très différents. Les conditions sont actuellement très limite, sachant qu’en moyenne plus de 30 élèves s’entassent dans une classe, chiffre difficilement tenable dans la pratique. Si en plus de cela l’obligation de rendement s’installe, alors même que selon les établissements les résultats sont très différents, cela risque tout simplement de précipiter la chute des collèges et lycées; ou plutôt, des collèges et lycées publics.

Additious

12 commentaires à “Suppression de l’agrégation en 2009-2010 ?”

  1. Si l’on accumule toutes les volontés de réforme en lien avec les universités et l’Education nationale, on peut envisager, dans les années à venir, l’effondrement de la connaissance globale et de la culture.

    Les étudiants et autres élèves vont devenir des machines de travail, formatés à agir d’une manière bien précise, pour un tâche encore plus précise. L’enrichissement personnel et la qualité de l’enseignement deviendront alors des valeurs désuètes qui seront évoqué, je l’espère, avec mélancolie.

    Quoiqu’il en soit, le capitalisme omniprésent, ça me va pour les traders losers, mais concernant l’éducation, je trouve ça profondément amoral. Pour parler franchement, je gerbe sur ces volontés de changement, radicalisant toujours un peu plus un système social et économique qui ne cesse de s’effondrer sur lui-même.

  2. Je ne sais pas où tout ça va aller mais c’est vrai qu’il y a à boire et à manger dans tous ces projets. Le problème est qu’il faut une réforme parce que dans l’état actuel des choses tout est déjà en train de se casser la figure. Cela dit, sous couvert de réforme on dirait bien que l’Etat va simplement essayer de réduire au maximum les coûts de l’Education Nationale sans chercher à améliorer le service rendu aux élèves ou aux étudiants : les profs coûtent trop chers et sont inamovibles (sécurité du fonctionnariat), il faut qu’on s’en débarrasse pour instaurer de nouveaux professeurs, plus faciles à virer quand il le faut, et mois coûteux…

  3. La perversion du capitalisme s’installant dans toutes les strates et dans toutes les catégories socioprofessionnelles de la société donc…

    En gros, on va tous, dans un futur proche, vivre dans l’insécurité permanente ; la sécurité étant devenu un élément fixe servant les entreprises (ou l’Etat), mais non les employés (ou fonctionnaires) qui y travaillent.

    A quand les grandes revendications sociales massives du peuple français ?

  4. “vivre dans l’insécurité permanente”, c’est comme ça que certains, comme toi ou moi, appelons le fait d’avoir une situation professionnelle qui n’est pas assurée, qui est toujours susceptible d’être reconductible. Cela dit, beaucoup d’autres personnes sont tout à fait pour, parce que selon elles c’est ce qui oblige les gens à être compétitifs, à faire du bon rendement.
    Par ailleurs, c’est vrai qu’il y a beaucoup à dire sur les fonctionnaires, mais à mon avis, la sécurité de l’emploi devrait être simplement essentielle pour tout le monde, ce sans que cela ait un impact sur les salaires…

  5. Soyons un petit peu sérieux. Il n’est pas crédible que les agrégés ou certifiés se voient proposer une “porte de sortie”. Ce sont des membres de la fonction publique, ils ont un statut et si on voulait l’oublier le Conseil d’Etat se ferait une joie de le rappeler.De plus, ces concours n’offrent aucune garantie quant à la capacité pédagogique des enseignants, ils signifient uniquement que ces personnes ont été capables de réussir un travail donné et cette réussite dépend uniquement des besoins de l’EN. Les années où l’on veut beaucoup de profs d’histoire certains candidats qui ne l’auraient jamais eu avant se retrouvent certifiés. Cela remet aussi en perspectives ton propos sur les vacataires.
    De nombreux pays fonctionnent sans ce genre de concours avec de bons résultats.

  6. Tous les pays fonctionnent sans ces concours.

    Quant à la porte de sortie tu devrais savoir qu’elle est déjà mise en place pour des personnels fonctionnaires tels que les employés dans les self des établissements, mais ce n’est pas médiatisé. Soyons un peu sérieux, c’est très crédible.

    Concernant la capacité pédagogique des enseignants elle est évaluée par l’IUFM, et les agrégés parvenant à contourner la chose en validant leur stage via des monitorats sont inspectés des leur premier poste. Ils sont d’ailleurs assez nombreux à être remerciés pour incompétence pédagogique. Tu as raison de signaler que le concours ne valide pas les aptitudes pédagogiques.

    Le problème est que ce qui marche pour les autres pays n’ira pas sans casse dans le nôtre justement parce que notre système est particulièrement lourd de ce point de vue là. On va avoir une période de transition tendue où des enseignants fonctionnaires travailleront avec d’autres enseignants qui n’auront absolument pas le même statut, et qui auront plus de contraintes

  7. Sur le personnel Atoss, il ne s’agissait pas de les faire partir de la fonction publique mais des les transférer de la fonction publique d’Etat à la fonction publique territoriale qui a elle-aussi un statut. Ce fut d’ailleurs un grand moment de frayeur pour les collectivités quand elles ont constaté l’anarchie administrative de ces catégories de personnel où chaque cas s’était vu octroyé des avantages soutenus par aucun texte, où il n’y avait aucune unité en terme de salaire ou de prime.
    Sur l’IUFM, il faut quand même se souvenir des commentaires de ceux qui en sortent et ils sont peu amènes. Ce n’est pas la validation de capacités pédagogiques mais l’assimilation d’une culture enseignante avec ses us et coutumes, ses tabous.
    Après, sur le fait qu’il y ait disparité entre les enseignants, mais c’est déjà le cas depuis au moins deux décennies. Or personne n’est capable de démontrer clairement qu’un vacataire expérimenté est moins apte à l’enseignement que son collègue certifié. Sauf que ce sont bien ces derniers qui ont fait barrage pour que les premiers ne puissent être au final intégré à la fonction publique. C’est le “vous comprenez, moi je suis certifié”. Vu le nombre de crétins que j’ai vu dument certifié, cela fait peur.

  8. Ca a déja commencé depuis un bout de temps.
    Je crois qu’on ne dit plus ministre de l’éducation nationale, mais ministre délégué a l’éducation…

  9. Avec cette rumeur de la suppression des concours de l’enseignement secondaire, une autre conséquence semble apparaître: que faire de tous ces étudiants qui entrent en fac pour être profs, ou d’autres, qui arrivent de filières diverses et décident de devenir prof dans le secondaire? Pourquoi alors ne pas fermer directement les universités? Et le dire d’avance aux étudiants afin qu’ils s’orientent avant, et ne se retrouvent pas le bec dans l’eau, comme moi à présent.

  10. Si j’ai bien compris, tout est fait pour que la carrière reste bloquée, seule façon progresser pour un certifié étant l’agreg. L’agreg disparue, nos salaires resteront figés encore plus.

    Vous parlez des vacataires. Mais nous sommes combien les TZR (pour les privilegiés qui ne le savent pas un TZR est un certifié qui n’a pas de poste fixe et qui ne l’a pas forcément choisi) à se balader dans des départements, voire, des académies, sans savoir avant le 1er sept où l’on est affecté, ni pour combien de temps, ni dans combien d’établissements, ni à combien des kms de nos petits chéris, ni pour combien des niveaux (on doit se préparer en 48h pour des niveaux de la 6ème à la Tle) ? Combien on est à se faire arnaquer les ISSR, voir antidater les contrats pour ne pas les payer …et je passe de tas d’autres “avantages” d’être professeur certifié.

    J’ai eu une chance folle de devenir professeur, j’ai lu récemment que dans certains Carrefour, les caissières pour 1€ de plus à l’année pouvaient se faire masser dans leur temps de pause, d’autres entreprises pour le même montant symbolique proposent des services de conciergerie, esthétique…

    Moi prof certifié, quand j’ai payé l’essence de mon parcours (pouvant allant jusqu’à 300kms A/R par jour !) il peut me rester de mon salaire net 1100€. Je voulais passer l’agreg, mais je me demande si ça ne serait pas mieux d’envoyer mon CV au Carrefour à côté de chez moi, j’aurais moins des frais d’essence, je saurais quel contrat j’ai, je pourrais parler directement avec mon responsable si problème il y en a , je saurais où je travaille et pour quel emploi du temps et dans quel poste, et je gagnerai pareil.

    Oh, je n’avais pas pensé aux vacances!!! zut, je reste prof, car tout le monde le dit, c’est ça qui nous motive à rester prof : les superbes vacances qui ont elles aussi vocation à disparaître bientôt avec l’annualisation.

    Excusez-moi, je mélange tout, car rien n’est claire dans ce métier !
    Fonctionnaire = sécurité de l’emploi ??? je n’en ai aucune sécurité, les conditions du contrat changent chaque année et la privatisation nous ménace à tous. Les certifiés en poste qui se croyaient à l’abri se rendent compte aujourd’hui qu’ils sont aussi vulnérables que les TZR, quand nous avons demandé leur aide pour nous soutenir …on nous a laissé SEULS.

    On a tous vu venir ce qu’il se passe. On se comporte tous comme de moutons, certes bien pensants, mais on se fait guillotiner depuis long temps maintenant, petit à petit, chaque année et ce n’est pas les 2 jours de grève par an qui empêcheront les gouvernements d’avancer dans le recul de la culture pour tous.

  11. Ben ce qui pose problème, très clairement, c’est le choix de chacun en fonction de ce qui était proposé!
    Moi j’ai passé l’Agreg non parce que je vaux mieux qu’un autre mais parce qu’il fallait bien s’y plier pour faire carrière dans ce métier là. Et sincerement, c’était un sacrifice énorme. Arrêtez de nous taper dessus : l’agreg est certes déconnectée des besoins réels (d’où le desarroi de se retrouver muter n’importe où) mais fallait avoir le courage de la passer, une rigueur, une passion pour notre domaine. Ce qui est super frustrant, avec ce concours, c’est que pour être embauché sur nos compétences, faut aller voir dans l’enseignement supérieur, et là si vous saviez comme c’est bloqué!!
    Alors on nous a formés à quoi en fait? à devenir des rois…dans une république, un titre sacrificiel et sans reconnaissance…
    Je suis agrégée, je suis à bac +7, et j’ai fait 78 dossiers pour être recrutée en fac comme ater pour 1150e.
    Alors voyez un peu les choses dans leur ensemble : agrégés, chercheurs, non, on n’est pas privilégiés. On a un savoir démentiel sur des domaines qu’on adore, et un poste pour cent cinquante personnes pour des sommes modiques.
    Donc c’est normal qu’on retourne dans l’éduc nat avec un peu de désarroi. C’est pas notre faute, on se sacrifie pour de bon, on occupe tous les statuts en fac payés moins que des serveurs par amour de ce que l’on fait.
    Faudrait pas l’oublier.

  12. Bonjour,
    je viens de lire vos réponses et j’ai peur de ne pas être à la hauteur de votre si belle littérature.
    Je dois avouer que, pour ma part, la suppression de l’agrégation me soulage. Je travaille 18h/ semaine, plus les préparations de cours, plus un bébé, plus une maison à m’occuper, et un peu de temps pour cet espoir improbable, celui de travailler 15h/ semaine pour un meilleur salaire. Le rêve de devenir prof de fac, je n’en parle même pas.
    J’étais prête à m’accrocher, à travailler dur, mais au fond, cette agrégation, n’est-ce pas de la poudre aux yeux? Pour la session 2008, personne n’a été admissible à Bordeaux. PERSONNE. La faute à qui? A ce discours bien-pensant qui veut qu’il faut avoir une certaine “légitimité” pour pouvoir passer ce concours, c’est sûr, laissons la place aux facultés parisiennes et aux normaliens. Mais peut-être que les coupables sont nos formateurs, nos enseignants à nous, payés guère plus que des certifiés, travaillant dans des conditions souvent précaires, avec pour seul censeur la passion qu’ils ont pour leur matière, passion trop souvent déclinante … Regardez nos facultés!
    Je m’égare. Mais je pose la question: ce concours, qui demande un travail titanesque et donc un amour phénoménal, est-il le garant d’un bon enseignement?
    Je ne compte plus le nombre de professeurs que j’ai rencontré dans ma vie en tant qu’élève. Je ne m’en souviens que de deux ou trois. Je les ai aimés et ils m’ont fait avancer, non pas parce qu’ils étaient “agrégés” ou “certifiés”, je ne le savais pas et peu m’importait. C’étaient de bons professeurs, parce qu’ils aimaient enseigner, ils aimaient leurs élèves, le partage des connaissances et surtout, subvenir à leur besoin. Leur culture, sûrement immense (mais peut-être pas tant que ça) s’adaptait à nous, il savait nous la transmettre, la vulgariser. La récompense était de voir le reflet de leur amour dans le regard du public. Ce n’est pas ce qu’on nous apprend à travers le programme de l’agrégation. Alors, oui, supprimons ce concours injuste et récompensons enfin les bons profs, ceux qui sont sur le terrain et qui s’investissent. L’enseignement n’en sera que meilleur. Proposons aux professeurs de vraies formations, qui les accompagnent tout au long de leur pratique, qui leur donnent de véritables spécialisations. Assouvissons les ambitions de chacun par des solutions adaptées, car pour beaucoup, enseigner en collège à soixante ans par exemple n’est pas une sinécure.
    Reste enfin à nous de lutter pour conserver notre statut de fonctionnaire mais pour cela, je n’en dirais pas plus.

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