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Le Manga : Violence gratuite ou art moderne ?
Publié dans Animes/Mangas by Scalix le 9 May 2007 à 22:08Le manga, qu’on l’aime ou que l’on crache dessus, fait immanquablement parler de lui, quelle que soit notre génération (à moins d’être vieux et sénile), et quelle que soit notre catégorie socioculturelle. Effectivement, cette bande-dessinée japonaise fut sa propre victime, et nombreux sont ceux voyant toujours en elle l’extension pure et simple des épisodes monstrueusement débiles de DBZ, dotés de doubleurs pathétiques, d’un scénario risible et de musiques simplistes. Or, sur Anime-Kun, on aime les mangas, et on les défend corps et âmes, malgré le flot de railleries et de sarcasmes qu’ils subissent. Voici donc la pilule rouge qui, si vous acceptez de la prendre, vous mènera sur le chemin de la vérité, qui brisera tout préjugé et vous sauvera la face le jour où le manga sera officiellement reconnu comme un art, et non comme une forme de BD vulgaire qu’on ne capte pas parce qu’elle se lit dans le mauvais sens.
Le Japon est l’un des pays industrialisés les plus opposés au notre. La France est l’un des pays occidentaux les plus anciens, et possède une culture propre, que l’on a souvent tendance à caractériser de franco-française. Certes, on aime bien ce qui est à nous, ce que l’on a créé et ce que l’on a vu naître au sein de notre pays, mais il est ridicule de cracher sur tout ce que l’on ne parvient pas à comprendre au premier coup d’œil. Le manga est l’un des exemples les plus flagrants de la différence culturelle entre le Japon et notre pays. Des dessins extrêmement dynamiques, des cheveux hirsutes et de grands yeux violets ; bref, le manga surfe sur la vague de la modernité artistique, tant sur le plan visuel que scénaristique.
Pour beaucoup, le manga, bien plus que les Tintin et autres Astérix, est une littérature infantile ; et pire encore, elle est celle que les mauvaises mères offrent à leurs petits garçons en manque d’action, voulant de la littérature s’accordant à leur super collection d’Action Man. Pourquoi cette image ? La réponse se trouve dans les pokeballs et dans les cartes de Yugi, très certainement. Car en effet, nos chaînes télévisées ont rapidement diffusé les séries commerciales à succès passant au Japon, mais ce sont limitées à celles ciblant un très jeune public. Manque de chance pour l’image du manga, ce sont les séries les plus rares. Il ne faut pas résumer le manga à ces séries aux scénarios simplistes, à la violence explicite, et aux protagonistes débiles. Non, le manga, c’est avant tout l’art du voyage, doté d’un visuel aussi fantaisiste que les histoires dans lesquelles nous sombrons à chaque lecture. Prenons l’exemple de l’un des grands du milieu : Hayao Miyazaki. Il est l’un des rares japonais connu en Occident à ne pas voir son prénom écorché à chaque fois qu’il est mentionné ; c’est dire s’il est célèbre ! Cet homme modeste, au style unique, a conçu une œuvre fabuleusement intelligente, qui fut l’un de ses plus grands succès : Nausicaä de la vallée du vent. Plus encore qu’un simple séjour dans un monde merveilleux, Miyazaki s’attaque à la société contemporaine, critique une modernisation infernale, qui nous pousse chaque jour à négliger un peu plus notre planète, et la nature nous permettant de vivre. Je pense pouvoir le dire sans trop de craintes : une telle œuvre, doté d’un scénario aussi complexe, d’un univers aussi saisissant d’esthétique et mettant si bien le doigt sur les faiblesses du notre ne peut être réellement saisi que par un esprit adulte. Le petit garçon fan de Pokémon s’endormirait bien vite, et c’est normal.
Autre exemple, depuis quelques temps, l’univers du manga accueille un maître du thriller, à l’esprit aussi torturé que ses histoires : le fameux Naoki Urasawa, qui, au passage, a gagné deux premiers prix consécutifs au festival d’Angoulême sur la bande-dessiné. Sa dernière œuvre en date, 20th Century Boys, nous relate l’histoire d’une secte manipulatrice qui n’aura de cesse de prendre du pouvoir, et qui va, en fin de compte, tenter de conquérir le monde à l’aide d’un fabuleux complot. Moins fantaisiste que les œuvres de Miyazaki, ce manga est un chef d’œuvre d’ingéniosité, de suspense, et nous offre, là aussi, un regard réellement critique sur la société, notamment sur la crédulité des masses face aux discours des politiciens (n’y voyez là aucun sous-entendu).
Les deux œuvres citées sont des exemples du génie dont les mangakas peuvent faire preuve, c’est indéniable. D’un point de vue scénaristique, ces mangas valent largement de bons polars, ou de bons romans fantastiques ; surpassant sans mal nombre d’œuvres françaises dans ces deux registres. Evidemment, lorsque l’on se bloque sur l’image d’un garçon à la casquette rouge, faisant sortir d’étranges tortues géantes de petites boules rouges, il est difficile d’entendre parler de ce genre d’œuvres. Nous sommes là pour réparer cette injustice. Non à la tyrannie de Tortank !
Ayant abordé l’aspect scénaristique des mangas, il me parait injuste de ne pas mentionner leurs indéniables qualités artistiques. Quoi de plus moderne et de plus dynamique qu’un manga ? Rien. Hokusai, célébrissime peintre japonais, est aujourd’hui considéré comme le père fondateur du genre, ayant largement inspiré le style, du fait, justement, de la formidable dynamique de ces dessins. Les connaisseurs penseront aux fameux lions dessinés par le maître, surréalistes dans leur forme, mais criants de réalisme dans les mouvements qu’il leur offrait. Cela résume bien l’esprit du manga. Des personnages aux allures irréelles, mais conçu de façon à ce que l’on y croit. Les fameuses Clamp sont un peu l’étendard de l’esthétique manga. Des traits à la fois fins et marqués, des chevelures extrêmement élaborés et très designs, tout comme les habits dont leurs personnages sont vêtus, ces quatre jeunes femmes (de moins en moins jeune il faut l’admettre) nous gratifient d’un travail extrêmement impressionnant. Pour peu que l’on se laisse aller, et que l’on dépasse les barrières du scepticisme, les sentiments transmis aux dessins nous saisissent avec une force inégalable par la bande dessinée occidentale. Les visages, simples et épurés, donnent une puissance saisissante à la moindre expression. Les joies et les peines sont extrêmes, tout en conservant une merveilleuse esthétique.
Autre exemple, qui sera l’ultime de ce premier article : Kei Toume. Je dois bien l’avouer, dans tout l’univers du manga, elle est celle qui m’émeut le plus. Sur le plan scénaristique, mais aussi, et surtout, sur le plan visuel, la mangaka installe une poésie saisissante, et l’on s’arrête régulièrement sur un dessin, seulement pour le contempler et ressentir toute la douceur et la délicatesse qui en émanent. Reprenant régulièrement les habits et coutumes traditionnelles du Japon, ces mangas sont un véritable voyage, intéressants du point de vue culturel, et, ô surprise, exempt de toute violence physique. Ces histoires peuvent être troublantes ou chaleureuses, mais quelles qu’elles soient, elles marquent inévitablement le lecteur. Kei Toume est réellement une excellente illustratrice, que toute personne intéressée de prêt ou de loin par le dessin se doit de lire ! Les Digimon ne lui arrivent pas à la cheville, je vois assure !
Il est injuste de critiquer le manga, et même les animes, sans avoir jeté ne serait-ce qu’un rapide coup d’œil aux diverses œuvres accessibles sur le territoire français. Notre télévision, capitaliste comme elle se doit de l’être, ne s’attarde pas sur de tels éléments, et se contente de chercher le programme lui permettant de faire la meilleure audience possible. Mais vous n’êtes pas dupes, n’est-ce-pas ? Alors dépassez ce que l’on vous met sous les yeux, et cherchez plus loin. Vous découvrirez alors un univers original, extrêmement varié, qui sait satisfaire toutes les envies, et s’adapter à tous les âges. On a longtemps vanté les mérites du cinéma français, au-delà de nos frontières, alors qu’il n’avait rien à voir avec la culture et les traditions des pays les visionnant ; alors ne soyons pas plus intolérants que le reste du monde, acceptons l’existence des non-fans de GI-Joe appréciant les mangas à leur juste valeur, et crachons avec joie et allégresse sur les programmes bas de gamme que nos télés nous proposent ! Brulons les Yugi-oh !, et façonnons une VIème République interdisant les Pokémons ! Alors, un jour peut-être, nos libraires, nos Fnac et nos grandes surfaces nous proposeront des œuvres de qualité, et oublierons qu’il fut un temps, notre pays ne vendait que la daube, et interdisait à la qualité de traverser nos frontières.
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Oh! Quelle entrée en matière =]
Je te rejoins complètement. Il est encore parfois difficile d’être amateur de mangas et d’animes sans être affublés d’adjectifs réducteurs et bourrés de préjugés.
Toutefois, il faut quand même reconnaître que ça l’est de moins en moins, notamment grâce aux oeuvres de réalisateurs médiatisées et très populaires tels que Miyazaki ou Satoshi Kon. Même Télérama les apprécie… c’est dire!
De toute façon, un petit recadrage de temps en temps ne fait pas de mal.
Très bon article auquel je rajouterai que le manga ne peut que s’inscrire dans la culture populaire de la même manière que la BD franco-belge. Personne ne s’étonnera de voir le cadre supérieur de 50 ans avoir une passion pour Tintin, il en sera de même à propos des mangas.
Juste au passage: “La France… possède une culture propre, que l’on a souvent tendance à caractériser de franco-française”… C’est une vérité vrai si je puis dire. lol
Le patron m’ôte les mots de la bouche.
Un excellent article mon cher Scalix, je ne peux qu’affirmer la majorité de ce dernier, tu cites en effet des pointures qui me sont chères (Clamp, Toume) et je trouve que cela justifie pleinement tes arguments.
Rappelons malgré sa mauvaise réputation que la France est le deuxième plus gros consommateurs de mangas/animes dans le monde après le Japon. Alors on aura beau dire, le phénomène s’est installé en France est compte bien y rester pour notre plus grand plaisir!
Un article intéressant mais qui s’adresse à un public déjà conquis à la cause, c’est dommage.
Très bon article Scalix.
C’est bizarre quand même qu’en France, ils ont ce genre de point de vue alors qu’elle considérée comme le deuxième plus gros consommateur de mangas/anims !!
J’avoue qu’on au aussi le même comportement, ici en Tunisie, mais ça justifie sur le fait que la culture des mangas et de la japanimation n’a commencé à être connus que depuis deux, trois ans.
“Un article intéressant mais qui s’adresse à un public déjà conquis à la cause, c’est dommage.”
Si on ne le fait pas, qui le fera? C’est une pierre de plus à l’édifice.
Et on peut quand même supposer qu’une partie du lectorat ne sera justement pas acquis à la cause. Un parent voulant s’intéresser de plus près au phénomène manga pourra faire une recherche sur un moteur et tomber sur cet article. Sait-on jamais.
Merci à tous pour vos commentaires positifs.
J’éspère que mon entrée en matière en aura motivé plus d’un pour faire de ce blog un lieu culturel, vivant et dynamique, où l’on pourra discuter dans la joie et la bonne humeur de sujets plus ou moins sérieux.
J’attends vos textes, messieurs-dames !
Un super article Scalix. Vraiment très bien. Je penses qu’il résumes bien la situation du manga en France.
Cependant, comme tu l’as dit (il me semble), la popularité engendrait par les séries du “Club Do’ est à double tranchant. D’un côté, cela a forgé une mauvaise réputation sur les mangas. Mais sans elles, je ne suis pas sûr que le manga est autant d’ampleur aujourd’hui dans notre pays.