Ces derniers temps, l’oeuvre d’Alan Moore semblait un peu moins passionnante, des productions ésotérico-fumeuses telles que le pourtant splendide - graphiquement- Promethea, ou le faiblard Jack B. QUick, laissaient présager le début du déclin pour l’un des scénaristes les plus adulés des vingts dernières années.

Lost Girls vient réconcilier le fan avec le maître. Cela dit, qu’on ne s’attende pas à une révolution totale digne de Watchmen ou de V pour Vendetta, notre sorcier hippie adepte de musique inaudible et grand pourfendeur de majors n’a pas levé le pied en ce qui concerne sa capacité à proposer des scénarios délirants et parfois très bavards. Filles Perdues, puisqu’il est édité sous ce nom en France par Delcourt, est de la même veine que Promethea en ce qui concerne la taille gigantesque des bulles, mais son propos est tout de même plus accessible : Moore remet en lumière ses penchants humanistes et son refus de la pudibonderie hypocrite.

D’après ses propres mots, il produit ici le premier graphic novel pornographique ayant une qualité littéraire : cela est juste, la pornographie est le coeur du comic, celle-ci est au service de thèmes et de variations hautement littéraires, particulièrement excitants pour ceux qui aiment voir la Culture être brillamment adaptée en culture populaire.

Filles Perdues est le croisement de trois contes : Peter Pan, Alice au Pays des Merveilles, et Le Magicien d’Oz. Les trois héroïnes ont depuis vieilli, et se retrouvent dans un hôtel, en Autriche, à la veille d’une guerre mondiale. Elles se racontent leur enfance, leurs premières expériences sexuelles, leurs pratiques diverses et variées, et renouent ce faisant avec l’esprit du conte.

Pour aussi explicite qu’elle soit, cette bande dessinée n’est pas un prétexte à s’astiquer le manche, elle véhicule au contraire un propos d’une grande qualité littéraire et artistique, le tout brillamment mis en dessin et en couleur par la compagne même de Moore, Melinda Gebbie, qui a su donner une atmosphère enfantine et magique à une oeuvre enfin digne du génie de ce très grand scénariste. Attention toutefois, cette oeuvre est exigeante, et elle ne s’adresse pas au public enfantin, ou infantile (c’est selon…).

Dommage que Delcourt l’ait édité en un seul tome pour un prix toujours aussi prohibitif (près de 50 euros) : la version américaine, un peu moins chère, propose trois tomes cartonnés avec couverture volante, le tout dans un coffret du meilleur effet. Pour autant, saluons l’initiative de Delcourt, qui édite ce comic alors qu’il est actuellement en pleine tourmente, les accusations de pornographie et les procès divers ayant jusqu’ici retardé sa publication en France !

Additious

2 commentaires à “Lost Girls chez Delcourt, enfin.”

  1. Wata, on va croire que tu ne parles que de sexe dans tes articles, proprement affligeant :P

    Vais essayer de m’enfiler Filles perdues puisque j’ai adoré V pour Vendetta :) Que ce soit porno ou autre ne me “bloque” pas.

    Mais avant je pense lire Watchmen, mais le titre me révulse, il me fait penser au bon gros comics de super-héros :d

  2. Ca n’a rien à voir avec Watchmen hein, c’est nettement moins spectaculaire dans le scénario.
    Watchmen est quant à lui une véritble étude du super-héros, qui se trouve transposé dans un cadre réaliste. C’est un chef-d’oeuvre insurpassable ! C’est aussi un classique qu’aucun scénariste n’a encore réussi à détrôner.
    A mon sens, Alan Moore est le seul scénariste de comics à avoir une sensibilité authentiquement littéraire, ce qui donne à ses BD une profondeur incomparable (même quand il se plante : dans ces cas-là on se fait chier comme si on était en train de s’envoyer un bon gros classique indigeste de chez GF…)

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