Yoko Ogawa est un écrivain qui a le don de me désarçonner. J’avais lu, il y a maintenant plusieurs années, son fameux roman intitulé l’Annulaire, récit qui l’a rendu célèbre en France et qui a donné lieu à une adaptation cinématographique. Je n’y avais trouvé rien de rare, le sujet, l’écriture, m’étaient assez étrangers.
Pourtant, la dame n’a cessé de gagner en notoriété et il est aujourd’hui fort simple de trouver ses ouvrages. Alors pourquoi revenir sur des terres sur lesquelles on s’est senti mal à l’aise ? Un peu de désoeuvrement du au début des vacances, une fierté mal placée qui pousse à essayer de comprendre le pourquoi d’une chose qui vous a échappé, le fait d’avoir grandi… un peu… mais ce n’est pas sûr… Allez savoir, le fait est que je me suis retrouvé en possession de ce recueil de nouvelles.

La chose la plus surprenante dans son écriture est cette utilisation systématique de la 1ère personne du singulier. Ogawa se met en scène, comme s’il s’agissait d’un essai autobiographique. L’impression est troublante, du fait de la récurrence de certains thèmes, de certains souvenirs, la perte d’un frère, un amant qui vous tourne le dos en vous laissant un fils, tout cela est précis. J’ai la faiblesse de croire qu’il s’agit d’une illusion comme si elle nous laissait le roman d’une vie en désordre plutôt qu’un recueil de nouvelles dans le plus strict sens du terme. Car rien n’est évident dans ce livre. Là où certains écrivains vous ouvrent grand les portes, Miss Ogawa est une femme des portes entre-baillées, des volets en espagnolette, c’est détaillé mais en même temps sommaire. On en sait beaucoup sur sa relation avec cet amant mais finalement son « je » est assez envahissant. Dans cette relation, il n’y a plus qu’elle qui a droit à la parole, l’autre n’est plus qu’une ombre que l’on devine dans cette mémoire recomposée. C’est presque un assemblage de photos jaunies qui laisse place plus aux impressions qu’aux éléments factuels.
Bien évidemment, on retrouve des éléments présents dans d’autres ouvrages de la dame. L’obsession du corps, de ses excroissances, de ce qu’il en reste, rognures d’ongles, pellicules, de ces petites parts de soi que l’on dissémine ça et là, ne manquent pas à l’appel. D’autres sont relativement nouveaux, comme le travail de l’écrivain.
Au départ, comme je le disais, il n’est pas aisé de rentrer dans ce recueil, mais ce sont les vacances et ces dernières nous offrent un luxe : le temps. Il y a 7 nouvelles, vous pouvez les prendre dans l’ordre que vous voulez, c’est l’avantage. Au départ, on a un peu de mal, on lit la moitié du premier récit et le jour d’après on y revient. Puis, petit à petit, on en lit une par jour. Au final, on les avale d’une traite. Car la magie de cette écriture est que, à un moment, on bascule dans son rythme, on finit par se laisser gagner par ces histoires parfois à la limite de l’extraordinaire, à d’autres moments relatant un épisode particulier du quotidien d’un écrivain mère-célibataire.
Je terminerai sur quelques mots concernant la présentation de l’ouvrage. Celui-ci bénéficie d’une belle mise en page, avec une police classique et agréable. Actes Sud fait du bon travail et Rose-Marie Makino-Fayolle a de vrais talents pour l’écriture. Reste pour moi un point noir : le prix. 18 € pour un livre de poche, je trouve la chose totalement exagéré. Comment voulez-vous que, par exemple, un lycéen qui voudrait lire d’autres auteurs que ceux qui sont prévus par le programme de l’Education Nationale puisse investir autant d’argent dans un livre de poche. Je ne crois pas que l’on puisse faire la promotion d’un écrivain avec une telle politique de prix, d’autant que la majorité des autres éditeurs pratiquent des prix inférieurs de 10 à 12 € pour le même type d’ouvrage.
Cependant, si vous avez quelques euros en trop après avoir fait votre stock de crème solaire, La Bénédiction inattendue est un bon investissement.
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J’ai lu l’Annulaire peut de temps avant que le film sorte.
J’ai bien aimé cette petite nouvelle et j’ai beaucoup apprecié le film qui à mon sens retransmet parfaitement l’ambiance du livre.
J’aime assez l’utilisation de la premiere personne qui donne un certaine intimité avec le personnage et permet de s’y identifier rapidement.
Ce genre de petites histoires me plaisent assez, un concentré d’émotion, une juste dose de details pour laisser travailler l’imagination. Certaines nouvelles laisse sur la faim d’autre s’arrettent juste quand il faut.
Je me laisserai bien tenter par ce recueil mais le prix est en effet élevé.
En tout cas merci Bjorn de nous faire l’actu litteraire.
Allez depeche toi de lire d’autres choses sympathiques
Merci pour les encouragements. En ce qui concerne mes difficultés à propos de l’utilisation du “je”, j’aimerai pouvoir dire que c’est un réflexe pascalien et sortir une phrase du genre “le moi est haïssable” mais en réalité c’est parce que je suis trop égocentrique pour supporter un autre “je” que moi. Pour le reste, j’ai déjà obtempéré.