Aujourd’hui petit article sur la langue japonaise. Outre son écriture, ses caractéristiques grammaticales, ses nuances de politesse, respect et déférence, le japonais a une particularité dans le domaine du vocabulaire à laquelle nous allons nous intéresser ici. En effet, alors que le nombre de termes existant en anglais et en allemand pour retranscrire une lumière ou un son est proverbial, le japonais n’est pas en reste avec un florilège d’« onomatopées », encore appelés « impressifs », terme plus général et à mon sens plus juste.

Vous me direz que toute langue a des onomatopées, et le français pas moins qu’une autre. Oui, mais les japonaises sont particulières. On pourait distinguer les onomatopées pures des autres, sachant que la frontière est floue.

Dans la première catégorie, on rangerait les cris d’animaux : « wan wan » (ouah, ouah), « nyan nyan » (miaou), « kokekkokô » (cocorico), etc…

On y mettrait aussi, des sons connus par tout lecteur de mangas qui les voit en grand katakans page après page : « zaaaa » (bruit de la pluie en trombe), « riiiin » (bruit du vent, notamment la brise d’été qui fait tinter les clochettes (lesquelles se disent « rin », amusant non)) et même, le japonais ne faisant pas les choses à moitié, le bruit du silence : « shiiiin »

Ce type d’onomatopées existe dans à peu près toutes les langues. Là où le japonais innove, c’est lorsqu’il propose des tonnes d’« impressifs » pour tout et n’importe quoi, même sans le moindre rapport avec un son (et c’est pour ça que je trouve le terme d’« onomatopée » inapproprié). Ces impressifs ont quelques caractéristiques communes : ils se présentent très souvent sous la forme de deux syllabes redoublées et s’écrivent la plupart du temps en katakana (mais on les rencontre parfois en hiragana), alors que ce sont des mots purement japonais. Comme pour dire que ces termes sont hors du vocabulaire standard de la langue et que le japonais n’a fait que retranscrire un son entendu (pour autant que le son existe, mais jugez plutôt).

Ces impressifs désignent une attitude, un comportement, une lumière, un mouvement, …

Ils peuvent avoir à l’origine un son, comme « peko peko » qui intialement désigne le bruit que fait un objet en métal vide (par exemple une canette) et que l’on broie. Par association d’idées, il en est venu à désigner le bruit du ventre qui gargouille quand il est vide et qu’on a faim. Ainsi, si un Japonais vous dit « onaka ga pekopeko », cela signifie « mon ventre [fait] pekopeko » et que donc il a la dalle.

De même « poro poro » désigne le bruit de gouttes qui tombent les unes après les autres. Par extension, il évoque aussi ce qui vient peu à peu, au compte-goutte. Voir notamment le titre du film d’Isao Takahata « Omohide poroporo » que l’on pourrait traduire par « souvenirs goutte-à-goutte ».

Pour d’autres impressifs, en revanche, j’ai du mal à imaginer quel son pourrait en être à la base.

Quelques exemples pêle-mêle :

kira kira : brillant, lumineux, luisant (par exemple quelque chose qui brille au soleil)

bura bura : flâner

kara kara : assoiffé (« nodo ga kara kara » : j’ai soif)

pera pera : (parler une langue) couramment

pika pika : flambant neuf

bosa bosa : (des cheveux) hirsutes

doki doki : palpiter, avoir le stress, avoir le cœur battant

giri giri : être juste, être à la limite (en parlant de son compte en banque à la fin du mois par exemple)

zoro zoro : à la queue leu leu

waku waku : être excité (bruit du cœur qui bat à 100 à l’heure)

raku raku : très facilement, les doigts dans le nez

Ils sont innombrables.

De plus, grammaticalement, on peut former un verbe à partir de n’importe quel impressif en lui rajoutant simplement « suru » (faire), ce qui permet de construire virtuellement un nombre incroyable de verbes décrivant une impression ou un comportement. Exemple, à partir de « bura bura » vu plus haut, on pourra construire le verbe « bura bura suru » : flâner, marcher nonchalemment.

Pour ceux que ça intéresse, lisez « Japon ! Au pays des onomatopés » tomes I et II de Pierre Ferragut aux éditions Ilyfunet (le Japon en poche).

Additious

6 commentaires à “Onomatopées et impressifs sous le soleil levant”

  1. Et puis aussi :
    boro boro pour parler de quelque chose de vétuste, qui croule, etc.
    bicha bicha, pour quelque chose de mouillé,
    fugna fugna, pour dire, par exemple, que je suis crevé…
    Ah, flûte, j’ai oublié mes classiques… Il y en a tellement d’autres !…
    Bonne journée !
    Philippe Costa

  2. Bonjour,
    Voilà, la mémoire m’est revenue depuis hier :
    - botsu botsu (p. ex. ” shigoto shimashôka “), on va bosser tranquillement (ce qui est tout de même rare au Japon…)
    - kuri kuri, p. ex. en parlant du crâne : chevelu comme un caillou
    - chaku chaku, pour parler d’une chose qui avance en ordre, comme ça a été prévu
    - doshi doshi : p. ex., pour parler de quelqu’un qui marche un peu comme un automate et en faisant du bruit avec ses semelles
    - shizu shizu (contraire de doshi doshi) : marcher sur des oeufs ou de façon élégante, notamment comme les femmes qui portent le kimono
    - suya suya : pour parler de quelqu’un qui dort comme un bébé, paisiblement
    Là, je commence à sécher…
    Je reviendrai peut-être demain en me faisant aider par Nobuko.
    Alors, à demain, si vous le voulez bien !
    Philippe Costa

  3. Ouh, super, merci beaucoup pour ces ajouts. Je ne connaissais aucun de ceux que vous avez mis, j’ai encore beauuuuucoup de progrès à faire, moi ^^’
    Mais ne vous embêtez pas à en trouver d’autres, hein ;)

    Juste, le “gn” du “fugna fugna” m’intrigue : c’est funa funa, funya funya, autre chose ??

    Ca fait plaisir de voir que quelqu’un a réagi à ce modeste article … alors qu’un silence total règne chez ceux d’AK

  4. Ca fait plaisir de voir que quelqu’un a réagi à ce modeste article … alors qu’un silence total règne chez ceux d’AK

    Je dois dire que la seule chose qui me vient à l’esprit est “guru guru”… Mon silence était donc une bonne chose.

  5. Tiens je suis passé à côté de cet article….=_=

    Perso, je ne connaissais pas l’existence des ces “onomatopés” et j’essaierai peut être de creuser un petit plus le sujet à l’ocassion (ca aiguise ma curiosité).

    Juste une petite question : “zoro zoro suru” = faire la queue leu leu?

  6. oui, ça doit sûrement exister comme verbe. Et d’ailleurs ça a donné le nom d’une célèbre série au Japon, le générique commençant ainsi “zoro zoro est arrivéééééééééé, sans se presseeeeeer” :D

    Et pour toi, mon Beckounet, j’invente un nouvel impressif “bure bure” (prononcer boulet, boulet), je te laisse lui donner une signification :’)

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