LE NOUVEL AMOUR CONTEMPORAIN

Introduction - Acte 1

Lecteurs, lectrices, en ce jour, ma mission est cruciale, et je m’en vais vous l’exposer.

Vos existences, insipides et impures, sont salies par le désir, et souillées par la vénalité.

Cette incessante quête du rang le plus enviable vous fait taire qu’il fut un temps,

Le monde entier rêvait de chimères ; l’homme des plus belles maîtresses et la femme des plus beaux amants.

Dans ces fantasmes, l’amour simple, noble et chevaleresque était de mise,

Tandis qu’aujourd’hui, entre un vrai amour et une vraie fortune, votre décision est toute prise.

En ces temps oubliés par une jeunesse perdue, certains se plaisaient à narrer de ravissantes histoires,

Et le peuple les appréciait, sans jamais avoir la sensation d’être nourris de faux-espoirs,

De rêves irréalisables, façonnés de telle sorte que l’on meurt d’envie d’y goûter,

Pour ensuite faire face à une triste, morne mais bien réelle réalité.

En ces temps ignorés, rien ne fit à Tristan oublier Iseult, rien ne fit à Roméo oublier sa Juliette,

Et rien ne fit oublier à Rodrigue sa Chimène, quand bien même il en risqua jusqu’à sa propre tête.

C’est avec la volonté de le remémorer aux peuples égarés, que je m’en vais vous rapporter,

La tant tragique épopée, et le tant tragique destin de deux amants n’ayant de cesse de s’aimer. Dans le cadre de notre si belle époque, je m’en vais vous compter un amour qui n’aurait jamais du exister.

ACTE I

Dans les douces plaines du bord de mer, surplombant le sable de la plage, la jeune Claire attendait.

Faisant face au soleil couchant, et bercée par l’océan, le lieu de rencontre lui paraissait tant désuet !

Qu’elle était lasse d’attendre, et qu’il était choquant qu’elle le fasse ! Décidemment, ce beau freluquet, qui depuis des jours l’admirait, ne manquait point d’audace.

« Qu’il vienne dans les instants, ou qu’il ne réapparaisse jamais », se disait-elle, intolérante. Il était inexcusable, selon elle, qu’il la fasse ainsi demeurer dans l’attente. Fort heureusement, après quelques soupirs, et quelques avanies, le beau prétendant fit son apparition. Une fois face à la belle et impatiente Claire, il mit genoux à terre, ce qu’elle prit pour signe de soumission. La politesse était pourtant de rigueur, car le jeune Vincent portait la demoiselle haut dans son cœur.

- Noble Claire, lui dit-il, pardonnez mon intolérable retard, et vous pardonnerez ainsi ma tolérable erreur.

- La ponctualité de l’homme s’accorde à sa valeur, répondit-elle, précieuse, plus il en a, moins il se fait attendre.

- Pour la responsable de mon délai, madame, je vous trouve bien peu tendre !

- Et comment, cher monsieur, pourrais-je, alors que je vous attendais, être la responsable de votre retard ?

- Tout simplement en demeurant ici, en étant celle que vous êtes, avec votre esprit, votre silhouette, et votre regard.

- Expliquez-vous, ami, ou partez avec une faute que vous n’aurez su racheter !

- Soit. Je suis venu pour vous entendre dire que vous m’aimez. N’ayez point l’air surprise, ravissante Claire ; vous vouliez un motif ? Vous l’avez ! Comprenez, très chère, qu’il me fallut prendre du courage avant de me déclarer. Car si je veux connaître l’origine de vos sentiments, je souhaite qu’il n’y ait point d’ambiguïté quant aux miens. Car plus que quiconque, et avec plus de noblesse que tous, jolie Claire, je ne désire que votre main.

La digne Claire, de noble famille, n’était alors promise à personne, et ne se repentait de ses fautes devant aucun homme saint. Héritière d’anciennes coutumes, faites de promesses et de dévotions, elle y avait mis un terme car elle ne les désirait point. Concernant le fidèle Vincent, la situation était on ne peut plus différente. Issu de l’aristocratie, l’idée d’une radieuse épouse, aussi douce dans les gestes que vive d’esprit, lui était follement attirante.

A son grand regret, ce qui lui semblait si charmant prenait, pour la jeune Claire, des airs de pathétique conte pour enfant ; à tel point que la jolie précieuse en éclata de rire.

- Madame ! Désirez-vous donc me faire souffrir ?

- Calmez-vous, preux chevalier que vous êtes, vos pieuses paroles m’ont tant amusé que je crains d’en mourir ! Ah, voila, je reprends mes esprits.

- Seriez-vous de ces nouvelles femmes libres, à qui des armées d’hommes se livrent, juste le temps d’une nuit ?

- Je préfère, il est vrai, partager une nuit plutôt que d’offrir toute une vie.

- N’avez-vous donc jamais connu l’amour ?

- Je le connais, au point de pouvoir déjouer tous ses tours, Ô Vincent. Car s’il est au départ plus qu’attirant, il se change bien vite en poison, et nous tue lentement.

- Mensonge. L’amour est l’antidote du réel poison, qui s’empare de votre âme, Ô Claire. Je vous en conjure, vous ne devez pas vous laisser faire ! L’existence que vous menez n’est que souillure et mépris ; une insulte à ce qu’a fait de vous la vie !

- Votre présomption me choque, petit bourgeois. Vous veniez vous déclarer à moi ; je vous rejette, et vous me considérez comme une vulgaire fille de joie.

- Vous voila bien cruelle avec ces dernières, car si leurs vies ne sont pas exemptes de péchés, elles au moins, pauvre Claire, assument chacun de leurs baisers. Vous avez brisé mes rêves et mon cœur, transformé mon amour en mépris. Pardonnez-moi de vous avoir pris votre temps, madame, je suis parti.

- Détestable noble. Je suppose votre famille aussi archaïque que les règles qu’elle vous impose. Apprenez donc qu’en ces temps, les âmes sont moroses, et l’amour bat de l’aile. Malheur à vous, pauvre tourtereau sans tourterelle.

Et les deux jeunes aristocrates se séparèrent, tous deux déterminés, et très en colère. Le jeune Vincent, à la vertu inébranlable, regrettait amèrement les héroïnes des jolies fables, tandis que l’arrogante Claire, chaque jour plus pédante et plus fière, se félicitait du moucheron qu’elle avait écrasé, et réfléchissait déjà aux bras forts qui ce soir allaient l’enlacer. Ce qu’aucun ne pouvait savoir, ni même anticiper ou bien prévoir, est à quel point cette rencontre, si courte qu’elle fut, allait changer leurs existences. Car au fil des années, leur mépris se changera en désir, et leur colère en souffrance. Tel est le tragique destin de ce nouvel amour contemporain.

Additious

5 commentaires à “Le Nouvel Amour Contemporain”

  1. Et ben… L’illustration est bien choisie. Je ne sais pas trop quoi penser de ce dialogue… Sont-ils faits l’un pour l’autre ???

  2. Autant que toi et moi sommes faits l’un pour l’autre Wata, sans le moindre doute o_O

  3. mon Dieu !!!

  4. tu peux m’appeler Scalix ;)

  5. De toutes manières on va tous mourir alors autant se fendre la poire ^^

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