Depuis quelques temps, du fait de mes allées et venues, un coup ici et un autre là, c’est normal, il m’arrive de négliger les amis. Ce n’est pas volontaire, mon temps n’est pas extensible, j’ai mes propres priorités et contraintes mais il est bon parfois aussi de se poser, de laisser fuser la bonne question, histoire de balayer les propos de convenance. Les « comment ça va » auxquels on attend l’invariable réponse et qui sonne comme un « je m’en fous ». Une partie de carte suffit parfois à dissiper les choses, la brume des cigarettes, le brouhaha d’une musique infâme et l’intimité commence. On regarde avec intensité le regard triste de cette fille que l’on a en face de soi, on est certes fatigué, pas concentré, les nerfs se relâchent à l’approche du week-end et on rajoute un « vraiment » à l’argument de circonstance. On sent ses traits se tendre, on pénètre dans sa vie et ce n’est plus la même chose. Pas forcément de drame, simplement de la confusion, des mots en trop comme « paumée », des dépréciations quotidiennes, l’expression d’une solitude que l’on vient troubler.
Ce n’est pas évident quand on a le sentiment de ne pas avoir le temps de penser à ce genre de chose, c’est le gain d’être en permanence sur les routes. Un virage à droite, un à gauche, freinage, je rétrograde, reprise, etc… Ca vous vide la tête plus efficacement qu’internet, c’est un oubli total, vous laissez faire les chevaux vapeurs et la machine humaine.
Puis vous discutez au détour d’un café avec le mec cool par excellence, celui qui s’en sort toujours, parfois de justesse, mais qui, pour une fois, semble vraiment perdu. Il se sent minable et vous avez du mal à croire ce que vous venez d’entendre. Ce qualificatif est pour vous, vous vous l’êtes suffisamment dit dans l’obscurité de votre conscience, et là c’est lui qui est dans le labyrinthe. Si l’on n’est pas trop naze ou que l’on percute instantanément par rapport à un sentiment par trop connu, vous lui glissez la dénégation. Vous connaissez le piège, celui de garder la chose pour soi, il vous parle même à demi-mot, ce n’est pas facile et alors que vous avez une charge de bisons en furie dans le crâne vous l’écoutez. Il en a besoin. Ca ne règlera pas ses problèmes, de toute manière personne ne pourra le faire à sa place et ce n’est pas ce qu’il attend.
C’est ainsi, les années s’écoulent et le fait de connaître les mêmes trognes fait oublier les méfiances voire les hostilités des débuts. On est passé, donc on se retrouve, on se rapproche. Celui que vous ne connaissiez que de vue vous parle avec familiarité, celle qui vous toisait vous saute quasiment au cou, celle avec laquelle vous vous étiez engueulé colle sa tête dans le creux de votre épaule histoire d’oublier quelques instants les ennuis, les tristesses ou tout simplement la fatigue. Inévitablement, les choix que les uns et les autres feront amèneront à ce que l’on se perde plus ou moins de vue, c’est déjà le cas pour certains. Après, ceux qui restent se serreront les uns contre les autres, comme des pingouins sur la banquise, histoire de se tenir chaud.

Additious

3 commentaires à “Les années rapprochent les gens et les choix de vie les séparent.”

  1. Un sage homme a dit :
    [14:14] l’amitié c’est de la daube
    [14:14] il n’y a que le travail qui rende libre D:

  2. Ach! Le bon sens germano-polonais!

  3. Fettgans a définitivement oublié la solidarité depuis qu’il est sur le marché du travail belge….

    A mort le capitalisme ! Vive l’anarchie :lol:

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