Si Born To Be Alive avait été un jeu-vidéo, il aurait été japonais.

On a tendance à dire, ou à penser si l’on est timide, que la culture s’adapte à l’esprit général de la société. Les années 70 furent une période de délivrance pour les jeunes générations, et le disco en est l’emblème. Musique dynamique, pêchue et sur laquelle on dansait comme des fous, elle symbolise la bonne humeur présente dans ces années bénies que nous aurons bientôt dépassé de plus de 30 ans. Aujourd’hui, on est seul, on doit se battre pour gagner sa vie dignement et travailler comme un chien. « Pas cool », me soufflent les jeunes générations estudiantines, croyants encore au miracle du plein-emploi.

L’esprit de cette société cruelle et sans pitié se retrouve un peu partout. Les musiques appréciées sont sombres, oppressantes, voir même carrément déprimantes (qui s’éclate sur du Evanescence ?) ; la littérature reflète l’intolérance de la société, ainsi que son individualisme, et les films se plaisent à nous montrer des loosers en puissance, tous plus ridicules les uns que les autres, afin que le français moyen regarde sa petite femme lors du générique de fin, et lui dise « tu vois ! Y’a pire que moi ! ».

Les jeux vidéos nous font faire de belles carrières, gagner plein de sous, nous acheter des bagnoles reflétant un super niveau de vie, ou nous font tuer de méchants communistes cherchant à détruire l’esprit impérialiste. Oui, notre culture reflète bien nos préoccupations, et a tendance à nous mettre le nez dedans.

Mais si notre société est capitaliste, ne tolère pas l’échec et méprise les parasites sociaux, il existe une petite île, perdue dans l’Orient, qui radicalise notre nouvelle conception de la vie : le Japon.

Or, surprise, la culture nippone, ou du moins celle des jeunes générations n’est pas vraiment déprimante, sombre et individualiste. On picole beaucoup, on écoute de la musique pêchue, bourrée de voix criardes chantant faux, mais de manière joviale, et on joue ! Car oui, les japonais sont férus de jeux-vidéo, et leur pays est le centre du monde pour tout geeko-joueur se respectant. On aurait pu s’attendre à des jeux pires que les notre, isolant le joueur dans une fiction bien plus agréable que sa propre existence, mais non.

Certes, les MMORPG nippons sont un peu comme ça, mais le Japon, c’est d’abord et avant tout de gigantesques salles d’arcade, ouvertes 24h/24, faisant cracher les watts quasiment autant que les yens. Et là, on découvre avec surprise le summum de l’esprit léger, rafraichissant, tonique et « kawai » du pays sur soleil-levant. Les concepts sont dégantés, hilarants, et sévèrement additifs. Quelques exemples s’imposent.

Commençons par le jouissif Dance Dance Revolution, symbole de la folie japonaise depuis de nombreuses années. Le concept est simple, un tapis, 4 flèches, et un joueur bougeant son corps au rythme d’une musique kitch, synchronisée aux directions que le jeu vous indique. On s’éclate, on en redemande, et on oublie tout le temps d’une dizaine de parties effrénées, où le roi du dancefloor, c’est nous !

Taiko No Tatsujin, c’est un gros, que dis-je, un énorme tambour traditionnel, sur lequel on tape comme un autiste au rythme des morceaux proposés par de monstrueuses playlists. Cela vous rappelle quelque chose ? Oui, c’est bien le jeu qui a inspiré le fameux Donkey Konga sur GameCube. Namco, concepteur de TNT (ouais, c’est de la dynamite ce jeu), nous propose là aussi un concept simple, mais diablement accrocheur. C’est simple, c’est une torture de quitter son tambour, et l’on rêve de petits ronds rouge et bleus défilant à toute allure, au rythme du dernier opening de One Piece. Jouissif.

Pop’n Music est aussi un excellent concept. La console contenant les commandes ressemble beaucoup à nos jeux de bébés, où l’on doit « appuyer sur la couleur rouge », et où, lorsque l’on réussit, une voix débile nous flatte à grand coups de « bravooooo ». Mais il n’en est rien ; Pop’n Music, c’est du piano simplifié, un exercice délirant de dextérité et de concentration. Les notes correspondant aux neuf touches de la console tombent à une vitesse ahurissante, et notre seule et unique tâche consiste à appuyer sur les commandes au bon moment, en faisant le moins d’erreur possible. Au départ, on se sent con, mais je peux vous assurer qu’une fois les premières difficultés passées, on se la raconte grave en pianotant comme un pro.

La liste est encore longue, et les japonais n’ont de cesse de nous proposer des concepts simples, accessibles, qui nous défoulent et nous font tout oublier pendant quelques heures. La convivialité de ces concepts est très aboutie, et on se plait à se lancer dans des concours fous pour décrocher les High scores et autre récompenses inutiles, mais tellement flatteuses. Nos geeks se cloîtrent devant leurs pc et consoles, explosent tous les records seuls et regrettent de ne pas avoir d’adversaire à la hauteur de leurs talents. Les geeks et non-geeks japonais vont s’affronter dans ces immenses salles d’arcade et sont heureux dès qu’ils découvrent un jeu simple et additif, comme les concepteurs de leur pays savent si bien les faire. Le Japon a certes inventé le manga, mais ce qui est plus fort que tout, c’est qu’il est parvenu à créer, et concrétiser un concept que lui seul connaît : la jovialisation du geek. Respect.

Additious

2 commentaires à “Le Japon : la « jovialisation » du geek”

  1. …et il y a trop de ces jeux qui ne passent malheureusement jamais leurs frontières :’(
    Et après les fabriquants se plaignent qu’on dézonne/puce les consoles…

  2. Arf! J’ai envie de rejouer à Donkey Konga moi maintenant.

    Et puis les Dance dance révolution, il y en a qui ont passé les frontières, mais dommage que les playlists perdent leur saveur une fois arrivé chez nous (genre bouge ton corps sur du Britney… ouéééé)…

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