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Manuel de l’étudiant pompeux
Publié dans Actualité, Culture, Pour rire by Scalix le 30 September 2007 à 17:35
CHAPITRE 1 : MOI
Moi, je suis Bob, Thibault, Nathan, Maxime, Niels, Eloïse, Charles, Pierre et bien d’autres encore. Je suis l’étudiant émancipé, qui lit le journal, qui boit du café, et qui gerbe sur la pollution planétaire lorsqu’il écrase sa cigarette par terre, à dix centimètres du cendrier commun.
Pour simplifier les choses, donnons-moi un nom. Je serai Stéphane ; mais pour être plus « in », on m’appellera Stev.
Je suis donc l’archétype de l’étudiant branché. Je suis intelligent, cultivé, relativement bien foutu, et surtout, je sais me tenir en société. Comprenez par ce dernier qualificatif que je suis un étudiant dont le compte en banque est rempli chaque mois par mes gentils parents, mais que je donne quand même l’impression d’être parfaitement autonome.
J’habite donc à quelques centaines de mètres de ma fac, dans une résidence étudiante assez branchée, au loyer anormalement cher, mais bon, ça fait bien.
Mon appartement fait environ 25m², comporte une télé HD, un pc dernier cris, un home-cinéma bien trop puissant pour mon immeuble, et un stock incalculable de préservatifs. Mes voisins m’apprécient et me respectent, tant que je leur propose de venir fumer un pétard avec moi lors des rares soirées où je ne sors pas.
Tous les matins, je fais la route à pied, le temps que mes longs cheveux sèchent, ainsi que la laque que je leur ai appliquée, fixant ma coiffure exactement comme je le souhaite, sans que personne ne le remarque. Je suis un jeune juriste, brillant, sans aucun doute, mais peu studieux. Je préfère le dialogue inter-étudiant aux dissertations sans fin sur des sujets bateau, comme l’avènement du parlementarisme au cours du 17ème siècle, ou je ne sais quelle autre connerie rébarbative.
Bien entendu, j’ai tout de même l’apanage de l’étudiant modèle. Tous les jours, alors que je m’assois dans l’amphithéâtre, j’ouvre avec prestance ma merveilleuse sacoche en cuir, contenant l’un des tous derniers pc portable, avec une souris Bluetooth, inutile, mais chère et donc symbolisant mon appartenance au groupe des riches de gauche. Oui, l’étudiant qui se veut au sommet du conformisme intellectuel se doit d’être de gauche. Ainsi, je fantasme sur ces vieux bonhommes du milieu politique, qui sont encore là, et qui ont commencé leurs longues carrières au cours des manifestations de 68. Je suis certes choqué qu’ils se soient tous retournés du côté de la droite, plus caviar et Jet-Set que jamais, mais bon, cela peut arriver à tout le monde…
J’aurais surement été de droite si j’avais suivis un enseignement privé, constamment entouré de nouveaux-riches agrippés à leur argent, de bourgeois ruraux persuadés du bon-fondé de l’éducation chrétienne et d’entrepreneurs beaufs s’abreuvant des discours simplistes de Sarkozy et de ses amis. J’aurais probablement découvert le monde du racisme, de la ségrégation sociale ; on m’aurait probablement parlé de l’école publique comme de « l’école du diable », et j’aurais approuvé, conditionné par mes enseignants autoritaires, survivants d’une époque où de vraies valeurs subsistaient.
Fruit du hasard, il n’en fut rien, alors que ma petite ville provinciale connaissait plus d’écoles privées que de cafés remplis d’ivrognes.
Je me retrouve donc, entouré d’une centaine de potentiels étudiants pompeux, assis dans l’amphithéâtre ultra moderne de ma fac, et j’apprends à raisonner en parfait petit juriste.
Vous avez probablement déjà remarqué l’antinomie entre le droit et l’étudiant pompeux, qui a une opinion sur tout, et qui brille de part sa fabuleuse culture générale. On associe souvent, et à tort, ce genre d’attitudes branleuses aux étudiants en science-politiques, sociologie et même en philosophie. Ces gens-là sont parfois comme nous, mais dans la majeure partie des cas, ils ont une réelle culture générale. Les juristes aussi, mais ils sont avant tout, et nombre d’enseignants vous le confirmeront, des techniciens, à qui l’on apprend des procédures plutôt qu’un mode de pensée, ou une façon de voir le monde. En somme, les juristes cultivés pratiquent généralement la masturbation intellectuelle avec ostentation, et se font bouffer par n’importe quel étudiant à qui l’on apprend un mode de raisonnement concret lui permettant de mieux comprendre, et de mieux exposer les faits actuels.
Le premier cours va commencer, et mon regard se perd dans la foule des petits nouveaux, que nous allons impressionner, émanciper, désinhiber, et pour certaines, que nous allons séduire. L’étudiant pompeux se doit d’avoir, et ce constamment, au moins deux étudiantes dans son cercle amical. S’il ne les a pas, il rentre dans le monde du geek.
Le geek, c’est l’étudiant, certes intelligent, mais dévoré par ses passions pour les hautes technologies, les armes, les mangas, les jeux-vidéos ou je ne sais quoi d’autre encore. Les geeks ne se fréquentent qu’entre geeks et, là où l’étudiant branché fait des soirées chaudes, pleines de branleurs et de branleuses canons, eux pratiquent avec ferveur les « soirées LAN ». Ces fameuses soirées sont on ne peut plus simples : ils ne mangent que des burgers, boivent du coca ou n’importe quel soda un tant soit peu énergisant, ramènent tous leurs ordinateurs, les connectent les uns aux autres et jouent toute la nuit. Les geeks sont tellement, mais alors tellement à côté de la plaque…
J’en aperçois déjà, aux cheveux longs et aux lunettes rondes, mal fringués mais équipés de bons pc. Ceux-là en sont ; négligés, mais heureux de voir tout leur argent concentré exclusivement sur du matériel high-tech. J’aperçois aussi de jeunes étudiants, et je sais déjà que d’ici trois mois, ils ne seront plus là. La faculté, ce n’est pas seulement un monde qu’il suffit d’accepter ou de rejeter ; il faut aussi que ce monde vous accepte. Ceux là sortent de lycées où la violence règne, où tout se règle par la force physique et non par les mots, et où ils étaient les petits caïds craints et respectés. Ici, ils ne sont rien. Tout le monde se moque de leur audace, tout le monde se fout de leurs survêtements Lacoste et de leurs Nike dernier cris. Ces types sont paumés ; tous leurs repères, toute leur vision des rapports sociaux est à refaire. Dans ma fac, c’est pas en donnant des coups que tu vas t’en tirer, mais en ouvrant ta gueule au bon moment, en parlant aux bonnes personnes, et en étant moins cons que les autres.
Question fric, faut en avoir aussi ; le radin ne passe jamais bien, surtout chez les juristes. Après tout, 80% d’entre nous viennent ici pour exercer une profession libérale et gagner plus d’argent que les deux tiers de la population française non ? Alors autant se la jouer « nouveau-riche » tout de suite. C’est dégueulasse comme vision des choses, mais c’est la notre, et nous l’avons créée.
Les jolies étudiantes sérieuses, aux chignons serrés, au dos bien droit et aux lunettes tout sauf fantaisistes m’apparaissent, et je sais qu’elles vaudront la peine d’être entendue. Un peu d’écoute, et ça y est, ces prétentieuses écervelées vous mangent dans la main. Vous faites ce que vous voulez d’elles, et en compensation, vous n’avez qu’à leur donner l’impression de les prendre vraiment en compte dans vos décisions quotidiennes. Ca aussi, c’est dégueulasse. On le sait tous, mais personne ne fait rien pour changer les choses. Après tout, on se fait chier, donc autant passer le temps en se comportant comme de vrais connards. Personne n’y peut rien si les choses sont comme ça ; ni vous, ni moi, et surtout pas eux.
Prochaine sortie : Chapitre 2 - Eux
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Marrant certains passages me rappellent une région en particulier mais je serais incapable de dire laquelle…^^
Je préfère ce passage à l’intro, c’est plus facile à comprendre :p J’attends le chapitre 2 ^^
Moi c’est le contraire, je préfère l’intro qui avait plus de nerf. Là cela mélange un peu de tout, un inventaire à la Prévert qui ne tape pas toujours dans le vrai. Le droit donne un mode de raisonnement tout aussi estimable que d’autres sections (aujourd’hui je suis dans le droit mais j’ai commencé par avoir un master 1 d’histoire). Après il faut être capable de s’en servir, ce qui est autre chose.
Ne va pas croire, cher Björn, que je crache sur les bons petits juristes qui m’entourent quotidiennement.
Je caricature une façon d’être que je constate jours après jours.
Je ne sais pas comment ça se passe dans ta faculté, mais dans mon cas, il existe une forme d’élitisme social, apparaissant insidieusement après quelques temps passés dans le monde merveilleux du droit, et des courants de pensées, souvent réactionnaires, qui apparaissent assez rapidement eux-aussi.
En gros, certains s’y croient à mort, et se la jouent “futur élite de la Nation”.
Je ne reproche rien au droit en général, sinon je n’en ferai pas :)
c est toujours aussi jouisif…
j’attends le chapitre 2 avec beaucoup d’impatience
(je kiff le passage sur les geek… j en suis un^^)
Moui, c’est cliché land, tu veux dire quoi exactement ?
Une enieme énumération des différents types d’étudiants, de la vision de la fac, une fausse sarcasticité, des poncifs sur les nouveaux riches, vieux pauvres, mecs de gauche de droite.
Quelques bonnes idées, noyés dans une mer de banalités. A revoir.
Merci blobe, j’attends ta correction =}